Récital de piano Thierry Mechler
Samedi 26 juin 2027 à 20h à la Basilique de FRANZ SCHUBERT (1797-1828)
Les trois dernières sonates pour piano
Sonate en ut mineur, D 958
I. Allegro
II. Adagio
III. Menuetto. Allegro – Trio
IV. Allegro
Sonate en la majeur, D 959
I. Allegro
II. Andantino
III. Scherzo. Allegro vivace – Trio. Un poco più lento
IV. Rondo. Allegretto
Sonate en si bémol majeur, D 960
I. Molto moderato
II. Andante sostenuto
III. Scherzo. Allegro vivace con delicatezza – Trio
IV. Allegro ma non troppo
Un dernier voyage
En quelques semaines, à l’automne 1828, Franz Schubert compose trois œuvres qui comptent parmi les sommets absolus de la littérature pianistique. Les Sonates D 958, D 959 et D 960 sont ses dernières sonates pour piano. Elles forment un ensemble monumental, mais chacune possède son propre monde, sa propre lumière, son propre chemin intérieur.
Schubert y semble suspendre le temps. La musique avance, mais elle revient sans cesse sur elle-même : un motif réapparaît, une mélodie se transforme, un silence ouvre soudain un espace inattendu. La mémoire devient presque une matière musicale.
La Sonate en ut mineur D 958 porte encore quelque chose de la tragédie et de la tension de Beethoven. Son premier mouvement, sombre et impérieux, laisse place à un Adagio d’une profonde intériorité, avant que le Menuetto et le finale ne ramènent une énergie inquiète et presque sauvage.
Avec la Sonate en la majeur D 959, l’horizon s’élargit. La lumière et l’ombre se côtoient avec une liberté bouleversante. Son Andantino est l’un des moments les plus énigmatiques de Schubert : une mélodie d’une simplicité presque immobile se transforme peu à peu en une vision dramatique, avant de retrouver, comme après un rêve, son calme initial.
Enfin, la Sonate en si bémol majeur D 960 semble regarder le monde depuis une distance nouvelle. Dès les premières mesures, un trille grave et mystérieux interrompt la sérénité apparente du thème. Le temps semble s’arrêter dans l’Andante sostenuto ; le Scherzo apporte une grâce presque irréelle, et le dernier mouvement, avec son élan tranquille, ouvre finalement une porte vers l’inconnu.
Ces trois sonates ne racontent pas une histoire au sens traditionnel. Elles nous font plutôt traverser des états de l’âme : l’ombre, la mémoire, l’attente, la solitude, la lumière retrouvée. Leur grandeur tient peut-être à ce paradoxe : plus Schubert semble s’approcher du silence, plus sa musique devient infiniment présente.
Écouter ces trois œuvres à la suite, c’est entrer dans un univers où le temps n’est plus seulement une succession d’instants, mais une matière que la musique transforme en mémoire.
Un voyage de près de deux heures — et pourtant, à la dernière note, l’impression demeure que quelque chose vient à peine de commencer.
Piano Blüthner, des pianos du Rhin
